L’apprentissage de la beauté

« Bonjour à tous, presque 15 heures, 15 heures sur France Culture, c’est donc l’heure de Grantanfi et ça ne va pas faire mal du tout, au contraire ça va être très doux puisqu’il s’agit aujourd’hui d’explorer l’apprentissage de la beauté.
 J’ai l’impression qu’à la fac les gens n’ont pas du tout les pieds sur terre. C’est difficile de concilier la vie étudiante avec les études. 

Le métier de maquilleur.se

-Alors Ludovic vous en êtes où ?

-On avance, on avance. On a fait le teint, pas totalement, on a fait les cernes et là on est en train de faire la bouche. Là ce n’est pas très compliqué parce qu’on est dans une bouche dans les tons corail et qui est un peu en transparence donc on n’a pas cette délimitation de la bouche qui est très difficile à réaliser du moins. En fait il y a tout qui est compliqué en make-up. On pense toujours que c’est facile, des fois on voit une démo on dit putain c’est les doigts dans le nez, je vais la refaire, mais pas du tout ! Il y a tout qui est compliqué, tout est dans la nuance, je veux dire c’est extrêmement difficile.

- Ça a l’air simple. 

-En fait là j’en ai encore pour une bonne demi-heure alors que finalement il me manque quoi ? 

-Non mais ça a l’air fini là. 

-Le mascara… Non, non pas vraiment. 

-Il manque quoi là ? 

-Le blush, donc un blush dans les tons super chauds, pêche, limite mélanger un peu de rose avec tout ça parce que moi j’aime bien. Autant avoir une petite touche personnelle là-dedans parce que sinon ça ne rime plus à rien. Et, je vais remettre du mascara encore parce qu’elle aime bien le mascara alors on fait comme ils disent. Je vais retravailler un peu les lèvres, travailler encore un petit peu les rougeurs, un peu les cernes pour que ce soit parfait, pour qu’on soit content de nous. On est de bons moutons vous savez ! Non mais c’est bien, on apprend bien. 

-Alors les maquilleurs du comité Miss France apprennent bien eux aussi, la preuve : le blush, le mascara, le rouge à lèvres de Miss France Marine Lorphelin ont résisté aux larmes de joies. Et deux raisons peuvent l’expliquer, soit son émotion était feinte et ses larmes dignes d’un crocodile, soit les make-up artist, les experts qui maquillaient en coulisse connaissaient leur métier. Ce qui pareil, nous dit Platon dans Gorgias, le maquillage et pourrait-on ajouter les soins esthétiques en général, ne sont en effet que s’ils nacrent des masques, des mensonges ; mais le mensonge est un art et il serait même le propre de l’homme. Surtout à l’approche de Noël où les parfumeries réalisent les 2/3 de leur chiffre d’affaires. Aussi, Grantanfi a choisi de s’aventurer cette semaine dans l’envers du décor, de l’autre côté du beau miroir dans ces écoles et autres BTS où l’on fait l’apprentissage de la beauté, du maquillage ou de l’épilation intégrale, avec pour nous y retrouver et saisir la part de sagesse que dissimule aussi sous le blush, sous la french manucure, et bien 4 invités parmi lesquels Sophie Chassat, bonjour.

-Bonjour.

-Vous êtes philosophe, consultante en entreprise et puis bloggeuse pour le site Trendy et Monde.fr et vous êtes aussi l’auteure de “Découvrez avec Kant les vertus de l’hypocrisie, 50 paradoxes loufoques des philosophes publié chez l’Express Éditions. A vos côtés dans un autre studio, Armelle Kaiser, bonjour.

-Bonjour.

-Vous êtes coordinatrice pédagogique de l' ISIPCA, l’Institut Supérieur International de la Parfumerie, de la Cosmétique et des Arômes alimentaires qui se situe à Versailles. Troisième invitée de Grantanfi aujourd’hui, Dominique Paquet bonjour.

-Bonjour. 

-Vous êtes écrivain, docteur en philosophie et l’auteur de “Miroir mon beau miroir“ aux éditions Gallimard Découvertes, et puis vous intervenez également dans l’école de maquillage artistique D Mai, qui se trouve dirigée par notre 4ème invitée, Houda Remita, bonjour.

-Bonjour.

-Donc contente d’être la directrice de cette école de maquillage artistique D Mai à Paris vous êtes aussi make-up artist comme on dit dans le jargon de ce métier. Et Sophie Bobert, quant à elle, et bien elle a justement tendu son micro comme d’autre leur bâton de rouge à lèvres vers la bouche des étudiants de l’école D Mai. 

Une histoire de couleurs

-Je suis en train d’utiliser 2 fards pour créer une troisième couleur c’est pour ça que t’as l’impression que ce n’est pas tout à fait la même couleur. 

-Elle est magnifique cette couleur verte, vert d’eau ? 

Ça fait un peu turquoise, un peu vert. En fait je mélange les deux, les deux fards qu’on a là. 

-Complètement 70 là hein.

-Bah j’espère parce que c’est le but ! 

-Avec les cils recourbés et puis mademoiselle est rousse.

-Elle a de très, très beaux cils donc juste un peu de mascara et… tu peux ouvrir les yeux s’il te plait ? Un peu de mascara et la magie opère. Donc là je lui fais son petit trait sous l’œil. 

-Il faut éviter les accidents sur les yeux, c’est délicat hein ? 

-Faut faire super attention oui, on a peur de déraper ou de faire mal mais bon comme on y va vachement doucement je pense que… parce que là il n’y a pas eu trop de soucis. 

-Quel est votre parcours à vous ? Vous vous appelez comment ? 

-Alors moi c’est Omar, j’ai un parcours complètement différent, je viens de la filière commerciale, j’étais agent d’escale à l’aéroport auprès d’une compagnie aérienne. A côté de ça je dessine et j’aime la peinture, l’illustration et tout ça, c’est pour ça que je me suis redirigé vers le maquillage justement. Voilà, les couleurs, les pinceaux, la peinture, le maquillage. L’art, la beauté, ça se retrouve un petit peu dans le maquillage. Moi j’aime beaucoup et je m’inspire beaucoup de tout ce qui est maquillage assez fort, tout ce qui est ethnique, tribal, je m’inspire beaucoup de la nature, des animaux, les plantes, les insectes. Ce qu’on peut retrouver sur certaines espèces je trouve ça juste magnifique, le plumage de certains oiseaux, tout ça.

-Vous pouvez faire des maquillages art nouveau ?

-On pourrait oui, bon là ce sont des maquillages qu’on a en mode et tout ça mais moi je pense qu’on peut peut-être plus se lâcher quand il s’agit de faire un maquillage plutôt artistique, un masque ou des choses comme ça.

-Scarabée. 

-On peut tout faire, on peut tout faire. C’est exactement ça, on peut tout faire et des beaux make-up, même un visage tout noir si c’est bien fait, avec deux traits blancs, enfin je ne sais pas ça peut être magnifique, ça peut avoir un beau rendu.

-Et vous mademoiselle ? Quels sont les artistes qui vous inspirent ? Les courants artistiques ?

-Moi mon truc c’est plutôt les effets spéciaux et donc voilà moi, mes inspirations ce serait plus quelque chose avec des prothèses…

-Ah ! Attendez, intervention de la pro ! 

-Non, en fait là t’as fait que les yeux pour l’instant ?

-Que les yeux.

-Oui, alors en fait c’est pareil, ça manque de mascara et donc là on voit énormément la couleur, il faudrait l’estomper beaucoup plus. C’est ce que j’ai fait sur… regardes… tu vois la différence ? 

-Oui, oui je vois, il faut que ce soit pastel. 

-Voilà, oui. Donc là c’est un peu fort. Tiens je te rends ton pinceau. Et ta couleur c’est une couleur un peu… elle manque un peu d’irisé mais ce n’est pas grave. 

-J’ai utilisé les palettes qu’on nous a fourni, c’est vrai qu’elle est mat, ça c’est irisé mais… 

-À ce moment-là il faut prendre du fond de teint et du coup, t’as vu, regarde, voilà hop t’as vu comment on estompe ?

- Oui.

-Et voilà le tour est joué ! Ah mais le maquillage c’est magique ! Il ne faut pas avoir peur. Ouvre les yeux. Il ne faut pas avoir peur, le maquillage ce qu’il faut se dire c’est que ce n’est pas grave quoi, on peut refaire, il n’y a pas mort d’homme. Ce n’est pas comme une coupe de cheveux par exemple, où là au secours ! Le maquillage il faut avoir l’esprit libre, mais ça c’est vrai que c’est aussi l’expérience bien sûr, moi je n’étais pas comme ça quand j’ai démarré, j’étais aussi pareil, mais après il faut pfiou, c’est magique hein !

-Alors, le maquillage nous dit Katy Leussant, maquilleuse intervenant à l’école D Mai Paris, ce n’est pas grave à condition d’avoir de l’expérience. Je propose de commencer notre conversation en parlant de pédagogie, Houda Remita, très concrètement si on veut des paupières couleur scarabée comme les aime Omar on entendait à l’instant, que faut-il faire et comment l’enseigner ? 

-L’enseigner, je l’enseigne ça, Omar l’a vu, on travaille sur les moirés, sur les couleurs nacrées, après il faut être très, très subtile. Ça c’est mon maitre mot la subtilité. Alors si vous voulez un exemple concret, un moiré, moi je prendrais du noir gras sur lequel je poserais une poudre, on dit une star powder, c’est une poudre très, très irisée, dans ce cas-là je la prendrais marron ou bronze et ça donne un des effets les plus spectaculaires, c’est magnifique. Donc voilà comment je procèderais pour cela. 

-Et la seule façon de l’apprendre c’est de vous voir à l’œuvre ? C’est la pratique ?

-Oui. Alors pour être un bon maquilleur et exécuter un maquillage il faut absolument beaucoup pratiquer et voir. Les démonstrations sont essentielles, on en fait beaucoup à l’école, c’est la base. Nous travaillons en faisant chaque jour, si c’est possible, des exemples où le make-up est réalisé et les étudiants le font après. Bien sûr ils sont cornaqués quand c’est moi qui interviens ou d’autres intervenants parce que j’ai beaucoup d’intervenants qui sont tous maquilleurs professionnels, qui sont en activité et donc je ne lâche pas mes étudiants, ils sont extrêmement cornaqués, je prends peu d’étudiants, c’est pour cela que je tiens à avoir un petit groupe pour pouvoir travailler avec un très bon suivi.

-Alors, pour apprendre l’art du maquillage et presque du camouflage quand on écoute Omar qui dit s’inspirer des insectes, des animaux, des petits papillons, que sais-je encore, il faut voir les make-up artist, les maquilleurs, les maquilleuses à l’œuvre et puis il faut aussi voir la nature, aller se promener avec son filet à papillons dans la poche revolver. Dominique Paquet, ce gout d’imiter la nature dans le maquillage et la beauté en général, d’où vient-il ? 

L’origine du maquillage

-Il vient de très loin parce que la nature a fourni ces matières premières, le blanc, le noir et le rouge, ces feuillages, ces écorces, tous les produits que l’on peut extraire des matériaux animaux ou végétaux. Mais il est vrai que dans les années 80, la nature a constitué une sorte de réservoir de thématiques, de motifs, de couleurs. Je pense à Diakonoff notamment qui a été un make-up artist et un peintre, il avait un regard de peintre puisqu’il faisait des femmes-océans, des femmes-paysages, des femmes-terres et puis des femmes-rochers, on assistait même à des jeux d’anamorphose sur le visage. Et puis bien sûr, dans la mode ou le maquillage de cinéma, télévision, l’inspiration chromatique est évidemment fondamentale. Sur le plan des motifs moins, peut-être d’avantage pour les maquillages d’enfants où on fait des coccinelles, des tigres, des lions pour des gouters. Mais sur le plan chromatique c’est absolument essentiel parce que la nature pourvoit à la richesse des couleurs. 

-Alors Sophie Chassat, pour la philosophe que vous êtes et pour vos goûts littéraires quand on lit vos blogs en particulier, les femmes ne sont pas des rochers, les femmes sont plutôt des statues, en tout cas c’est ce que soutient Baudelaire en tout cas pour qui, l’imitation d’un rocher, l’imitation de la nature par le maquillage est quelque chose de vulgaire ? 

-Oui, alors vous faites référence à son éloge du maquillage qui est un texte qu’il a publié en 1863, où effectivement il prend le maquillage comme un artifice et il montre que se maquiller ça sert surtout à dépasser la nature. Donc la femme en se maquillant elle se spiritualise, elle se divinise et elle sort presque de ce statut humain. Juste pour rebondir sur ce que disait Dominique Paquet sur l’imitation de la nature, je crois aussi que ce qui est intéressant dans le maquillage ce n’est pas simplement qu’il vient imiter la nature, c’est qu’il vient achever la nature. Je pense à la phrase d’Aristote “l’art achève la nature“, le maquillage c’est un artifice. Et quand il s’attaque, quand il prend un visage comme objet et comme support, il vient achever la forme de ce visage, il vient le structurer, lui donner une harmonie, vraiment établir une hiérarchie, faire que la somme de partie qu’on peut voir, considérer dans un visage devient vraiment un tout à part entière. 

-Et d’ailleurs toute l’importance, Sophie Chassat, de l’étymologie du terme-même de cosmétique. 

-Oui, alors effectivement le maquillage fait partie de la grande famille des cosmétiques et on oublie souvent que ce terme vient d’un mot grec qui est cosmos qui a donné, d’une part le monde, qu’on retrouve par exemple dans le mot cosmologie et qui signifie également la parure et qui a donc donné le terme de cosmétique. Et dans la pensée antique, les deux vont vraiment ensemble, c’est-à-dire que le monde il est ordonné, il est beau, c’est un monde clos, qui est paré. Et de la même manière, la parure elle vient chez un individu constituer une sorte de microcosme, le constituer comme un tout, comme un petit monde. Donc les deux sont réciproques.

-Armelle Kaiser, dans les soins cosmétiques, qui ne sont pas que maquillage comme le soulignait Sophie Chassat, mais aussi d’autres soins, il s’agit justement de réordonner, de réorganiser le corps humain avec toutes ces imperfections ? 

-Il s’agit aussi de lui donner confiance, c’est-à-dire que ce corps il peut être abimé, desséché et les jeunes femmes, les jeunes hommes qui vont s’occuper de ce corps vont essayer de lui redonner confiance, tonicité pour qu’après l’art du maquillage puisse s’appliquer. Mais c’est important que ce corps il soit fier de lui, il se sente bien, il se sente tonique et là on peut appliquer le maquillage.

-Mais ça on l’apprend ? L’art de donner la confiance ? 

-On apprend l’art de donner la confiance, on donne la confiance parce qu’on fait des soins du corps, des soins du visage et ça s’apprend dans les différents diplômes. Là on était dans les paillettes, mais là on va être dans les soins véritables et dans un travail qui s’apprend, on va coordonner ses gestes pour donner du tonus, du relief, pour que cette peau puisse recevoir une belle parure. 

-Houda Remita, je vous vois faire, non pas une grimace mais réagir.

La moue légendaire. 

 Votre moue légendaire avec un rouge à lèvres très rouge, c’est ça comment qualifieriez votre rouge ? 

-Il est très, très rouge.

-Et alors c’est un soin aussi qui redonne confiance le maquillage ? Ce n’est pas que des paillettes ?

-Alors, ce n’est pas un soin, moi j’estime que ce n’est pas un soin. Le maquillage c’est un travail de couleurs posées, c’est différent. Bien qu’on travaille la peau, c’est-à-dire la crème quand on l’applique, le maquillage commence dès l’application d’une crème. La peau doit être très en correspondance avec le visage, c’est essentiel et je ne réduis pas le maquillage à juste la paillette puisque le maquillage ça va bien au-delà de ça. C’est extrêmement important dans le sens où ça peut rassurer une personne, ça peut lui donner confiance, on n’applique pas n’importe quoi sur un visage, on ne traite pas le modèle n’importe comment, c’est un rapport humain important. Donc le maquillage ce n’est pas de la paillette. 

-Et pourtant les paillettes sont, dit-on, tendances à la veille des fêtes de Noël ! 

-Oui, pour le jour de l’An oui, pourquoi pas, je trouve ça sympathique les paillettes. 

-Sophie Chassat ? 

-Oui, ça me fait penser à une jeune femme, une jeune américaine qui s’appelle Cassandra Bankson et qui a publié il y a 2 ans sur le net une vidéo d’elle d’une séance de maquillage d’une dizaine de minutes où elle apparaissait, au début, maquillée, une très jolie jeune femme. Et elle dit je vais me démaquiller, prendre une douche et je reviens et elle revient avec un visage qui est ravagé par l’acné. Et en fait les 8 minutes qui restent de la vidéo elle montre comment elle se maquille et c’est très spectaculaire comme transformation et aussi très émouvant. C’est-à-dire qu’on a vraiment l’impression qu’elle arrive à une coïncidence avec elle-même par le maquillage.

-Dominique Paquet ?

-Oui, d’autres exemples en milieu hospitalier auquel vous devez penser. C’est-à-dire permettre au psychotique de reconstituer par le maquillage la forme, la structure de leur visage et ainsi de reconquérir une image d’eux-mêmes. 

Étudier en école de maquillage

- Armelle Kaiser, alors là on a parlé de différentes facettes de ce qu’on appelle les cosmétiques, on parle beaucoup de maquillage mais vous, à l’ISIPCA, vous vous mêlez en particulier de la formation qui est le BTS esthétique-cosmétique. Qu’est-ce qu’on apprend dans cette formation supérieure ? 

-Alors, dans cette formation supérieure il y a 4 grands axes : il y a un enseignement général avec du français, de l’anglais, du droit, de l’économie ; il y a un enseignement scientifique avec de la physique, chimie, biologie ; il y a une enseignement esthétique avec les soins du visage, beauté des mains, beauté des pieds, soin du corps à la différence du CAP où on ne fait pas de soin du corps ; et tout ce qui est gestion, gestion d’entreprise, management, comptabilité pour permettre à ces jeunes d’avoir des débouchées. Non seulement ils peuvent monter un institut mais ils peuvent le gérer.

-Et alors, justement, les jeunes filles et les jeunes hommes qui viennent postuler à l’ISIPCA, c’est quel type de profil ? Ce sont des gens à la recherche de management ou au contraire des jeunes filles et des jeunes hommes qui ont des paillettes plein les yeux ?

-Alors c’est tout type de profil mais c’est souvent des jeunes qui ont été un petit peu blasé par le CAP et qui se sont rendus compte qu’avec un CAP ils ne vont pas pouvoir rentrer dans les grandes marques, or ils sont extrêmement intéressés par les grands groupes (l’Oréal, LVMH, …) et on sait que pour rentrer dans ces grands groupes il faut un minimum de bac+2. Et ils se rendent compte qu’avec un CAP dans un institut ils vont faire des soins qu’ils n’aiment pas trop, ils vont être cantonnés à l’épilation, beauté des mains, beauté des pieds et ils ont envie de faire autre chose. Ils ont envie de travailler dans des spas, ils ont envie d’être manager de spa, ils ont envie de travailler dans des hôpitaux aussi, certains viennent en me disant “moi je veux être socio-esthéticienne, je veux redonner le gout de vivre à des malades“. Donc ils viennent avec un objectif assez précis.

-Alors là on entend qu’ils viennent avec des objectifs précis, vous dites précisément Armelle Kaiser. Mais alors, d’un point de vue philosophique, Dominique Paquet, est-ce que la beauté ça s’apprend ? 

-Il semble que dans certains pays ça s’apprenne d’avantage que dans d’autres. Il parait que les parents français, quand ils ont des enfants dans les bras leur disent souvent “regarde comme c’est beau“, alors quand dans d’autres pays européens ce n’est pas la beauté qui est montrée à l’enfant mais l’utilité, l’agréable, le plaisir. Donc peut-être que nous avons une spécificité par rapport à la beauté. Est-ce que la beauté s’apprend ? Est-ce que les beautés s’apprennent ? Parce qu’est-ce que on peut encore parler, essentialiser la beauté comme Platon le faisait ? On a passé Marcel Duchamp, on a projeté d’autres images des corps, on les a déstructurés donc je ne sais pas si on peut parler de la beauté même en imaginant le nombre d’or par rapport au corps. 

-Parce que parmi les étudiantes et les étudiants de l’école D Mai, où vous intervenez Dominique Paquet, il y en a qui cherche plus Marcel Duchamp que Miss France ? 

-Il y en a qui cherche Marcel Duchamp, c’est possible. En tout cas moi je n’ai pas l’impression quand j’interviens à l’école D Mai de parler de la beauté. Je parle de pratiques artistiques, esthétiques qui ont des visées idéales parce que pour moi le maquillage c’est un art et ça n’est pas forcément la recherche de la beauté, ça n’est pas non plus le Gringe qui est à la recherche de la laideur, mais c’est la recherche d’une forme, d’une forme idéale, une forme que l’on porte en soi, une forme que l’on recherche. Lutens dit, “je parle toujours de la même femme, c’est une femme qui est en moi depuis toujours et j’essaye de projeter des modèles de cette femme dans la réalité“. Est-ce que c’est la recherche de la beauté ? Je ne sais pas, franchement je ne peux pas vous répondre précisément.

-Dans cette pratique, justement, quotidienne à l’école D Mai où Sophie Bobert continue à trainer le micro et le Nagra, l’enregistreur en bandoulière, eh bien on peint et on repeint sans cesse les mêmes femmes ou plutôt des femmes différentes en fonction des époques ?

-Ici tu mets un peu le fond de teint, la partie médiane, hop, ça suffit c’est très léger, c’est lumineux. Après évidement là ça parait encore un peu terne mais quand tu vas unifier avec le fond de teint la partie médiane le vert, toutes ces couleurs vont ressortir. 

-Elles vont ressortir. Génial.

-Donc là c’est pareil, tu vois t’en avais mis trop, en bas aussi, c’est pour ça que ça alourdissait. 

-Quel est le challenge aujourd’hui ? 

-Alors le challenge aujourd’hui ce sont les années 70 façon Catherine Deneuve, années 70. Donc on a eu une jolie démo ce matin, on doit reproduire en adaptant au visage de nos modèles, surtout.

-Mais qui vous a montré la démo ? C’était une séance de photos ? C’était des diapos ? C’est vous ?

-Oui c’est moi qui ai fait la démo ce matin donc sur un modèle vivant. Après ce que je leur ai expliqué surtout c’est qu’il faut s’adapter aux modèles, aux personnes qu’on maquille. Donc là justement, il a adapté à la lettre la démo mais en fait sur le modèle qu’il a ça ne correspond pas, il faut modifier. Donc ça c’est intéressant en fait.

-Il avait mis trop de fard à paupières ?

-Voilà, c’était trop lourd.

-Et il y avait pas mal de mascara là quand même, mais c’est vrau que dans les années 70, je pense qu’on aimait bien le mascara. 

-Oui, la base des années 70, de toute façon, c’est le mascara, ça c’est clair, c’est ce qui fait la base. Et après les couleurs, c’étaient des couleurs acidulées, des couleurs très légères et aussi des bouches dans les teintes saumon, corail, saumon, un peu rose, orangées et puis assez brillantes. De toute façon, dans les années 70 les femmes étaient vraiment belles parce que, pour moi, le maquillage, la base avant tout c’est le mascara, c’est le regard, souligner le regard et le mascara ça suffit. Après le rajout des couleurs, du blush de ceci c’est un surplus peut-être. 

-Et qu’est-ce qu’il s’est passé dans les années 80 ?

-Après les années 80 c’est la folie donc… hein ? le disco ? Oui le disco c’est les années 70 aussi, enfin 74/75 et c’est vrai que voilà, c’est la fête donc on y va à fond et c’est super joli aussi. Et comme je disais, après les années 90 je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais on a tout enlevé quoi.

-C’est nude ! 

-C’est nude, il n’y a plus rien, c’est tout effacé mais c’était très beau aussi. 

-Ça doit être intéressant, ça doit être engageur d’apprendre à travailler en nude ? 

-En fait moi j’ai fait ma réputation, ma renommée avec les nudes, c’est-à-dire le non-maquillage en fait. J’ai commencé vraiment à travailler avec des photographes Morgan Richardson, tous ces gens-là où c’était tout l’inverse en fait. C’est ça aussi la force d’un bon maquilleur c’est savoir justement doser, ça veut dire que tout à coup la fille est belle, non on ne touche pas, on ne fait rien, ça aussi c’est une force. Il y a beaucoup de gens qui veulent absolument montrer, prouver, regardez comme c’est beau mon maquillage et qui sont à côté de la plaque. Il savoir trouver l’équilibre et aussi savoir s’adapter au photographe, à son univers. 

-Quelle est la différence entre un maquillage mode et un maquillage télé ? Ludovic vous avez appris ça ? 

-Je l’ai appris… je l’ai vu. J’ai travaillé dans la presse avant pour un magazine.

-Vous faisiez quoi ?

-J’étais assistant de la rédactrice en chef. Du coup j’ai pu voir les shootings, comment ça se passait et j’ai vu les plateaux télé. D’après ce que j’ai vu sur les plateaux télé et les magazines, c’est quand même que sur les plateaux télé j’ai l’impression qu’on charge plus, il y a une différence d’éclairage. Mais bon après je ne connais pas toutes les nuances, j’apprends encore donc je ne voudrais pas m’avancer trop. 

-Donc vous travailliez à l’époque vous étiez salarié et vous avez décidé de tout plaquer pour vous remettre aux études ?

- Exactement ! 

-Vous êtes jeune, enfin vous avez l’air jeune, vous avez quel âge ? 

-J’ai 22 ans, oui je suis jeune et donc c’était une évidence. 

-Vos parents ont flippé ? 

-Alors mes parents, mes parents, c’est un lourd sujet… Non, non pas du tout ! Non, mes parents au début étaient un peu réticents et c’est moi qui ai pris en charge tous les frais de cette école donc finalement ils m’ont dit il n’y a pas de problème, si c’est ta passion, fonce ! Et puis ils voient bien aujourd’hui que je me régale. Ce n’est pas métro-boulot-dodo quoi, je veux dire il y a des rebondissements dans ce métier et c’est qui plait je pense à la plupart des gens de cette classe. C’est vraiment un métier où on découvre de nouvelles choses tous les jours. 

-Oui c’est un métier qui réserve plein de surprises. Et tous les métiers qui touchent le domaine artistique de toute façon c’est, c’est que tout est possible, voilà, c’est plein de surprises, plein de rencontres inattendues, c’est un métier où il faut être ouvert à tout, en travail il n’y a pas de jours précis, pas de jours fériés, on travaille la nuit. Donc c’est pour ça que j’explique au gens que c’est un peu comme les acteurs quoi, c’est tout est n’importe comment, quel jour. Il faut être prêt à ça aussi, il y a des gens qui ne sont pas prêts du tout à vivre de cette façon-là.

- Vous vous en sortez là ?

- Oui je m’en sors ! 

-Vous allez passer à quoi là ?

- Au teint. 

-Au teint, mais vous commencez par les yeux ?

-Bah en fait on essaye vraiment plusieurs manières de travailler. Normalement on commence par le teint mais ce matin on nous a montré qu’on commençait par les yeux et comme on n’est pas encore des experts, moi j’essaye toutes les manières pour pouvoir ensuite trouver mon propre style, donc voilà. 

-Vous avez une idée déjà de votre propre style ?

-J’ai un univers un peu fou, j’aime bien tout ce qui est fou, qui part dans tous les sens, j’aime bien la couleur, j’aime bien le nude et le discret mais c’est vrai que quand je peux partir sur quelque chose de plus grandiose, on va dire, je me laisse vite dépasser comme un artiste. Aujourd’hui c’est assez léger mais la plupart du temps quand je maquille j’en ai un peu de partout en fait, c’est-à-dire que je n’en n’ai pas seulement sur les mains, j’en ai sur le visage parce que je transpire et je mets les mains comme ça j’en ai sur le visage, j’en ai sur mon jean, j’en ai sur ma chemise donc…

-Il faut mettre une blouse ! 

-Oui, mais non. Je ne sais pas je préfère, la blouse ça fait trop cours de chimie et comme je fais un rejet de l’école, je n’ai pas vraiment envie de remettre une blouse. 

-Bon allez je vous laisse travailler un peu, je reviens tout à l’heure.

-D’accord.

-Quand je sens qu’il y a un surplus de poudre, ferme les yeux, voilà, je fais, voilà et je trouve que là ça va t’enlever… 

-Armelle Kaiser, à la différence de ce qu’on entend à l’instant dans le reportage de Sophie Bobert, il y a en CAP, en bac pro, en BTS esthétique-cosmétique asse peu de garçon encore aujourd’hui en formation mais ils restent pourtant très demandés par la clientèle. 

-Ah oui tout à fait. Nous on a de temps en temps des garçons dans notre BTS esthétique, c’est une formation en apprentissage et à la limite les entreprises ne cherchent même pas à rencontrer un garçon et disent “vous avez un garçon on vous le prend“. Parce que le garçon dans les marques il a un potentiel persuasif par rapport aux femmes qui est extrêmement important. Donc le chiffre d’affaire qu’il génère est extrêmement important. Une femme qui est maquillée, massée, conseillée par un garçon va acheter beaucoup plus que par une fille donc les marques ne s’y trompent pas et elles demandent beaucoup de garçons. Donc on en a encore très, très peu mais il y en a qui osent, qui franchissent le pas et qui viennent.

-Ils sont aussi demandé par les hommes ?

-Pas forcément, pas forcément. Il faut savoir qu’en soin esthétique, un homme qui vient en soin esthétique, alors je donne juste des chiffres en soin esthétique il y a 80% des hommes qui sont hétéros, 20% des hommes qui sont homosexuels donc sur ces 80% ils ne veulent surtout pas de garçons. Donc ça c’est très clair. Sur les homosexuels, ils ne veulent pas forcément non plus des garçons, ils ne sont pas là pour ça. Mais par contre les femmes demandent s’il y a un garçon dans un institut, elles le demandent systématiquement.

-Vous, Houda Remita, vous avez été confrontée à cette concurrence déloyale de ces make-up artist hommes ? 

-Non, sincèrement non, dans la mesure où les maquilleurs ou les maquilleuses… ce qui est essentiel c’est la qualité du travail et la personnalité. Donc je dirais que dans le métier de la mode, le cinéma je n’y évolue pas mais je connais des maquilleurs et maquilleuses dans le cinéma, qui d’ailleurs interviennent, je n’ai pas l’impression que c’est une concurrence qui se fait puisque ce qui est essentiel c’est la personnalité et le savoir-faire. La mode, je la maitrise, je dirais qu’il n’y a pas cette espèce de sexisme pour les gens qui savent travailler quels qu’ils soient.

-Alors dans les salons esthétiques, au quotidien il y a du sexisme, une différence des sexes qui est marquée dans les gouts de la clientèle d’après ce que vous nous dites Armelle Kaiser. Mais alors si on revient à la littérature et à la philosophie, qui sont vos terrains de chasse Sophie Chassat, il y a cet éloge du maquillage de Baudelaire dont vous parliez tout à l’heure mais, si on regarde en général dans la littérature et le regard des philosophes et des écrivains sur le maquillage il semble que ça soit plutôt mal vu, que ça soit un art d’hypocrite, de flatteur et que cependant ça transcende la différence des sexes ?

- Alors, il y a plusieurs questions dans votre question sur l’idée du maquillage mal vu. Vous parliez au tout début de l’émission du texte de Platon Gorgias où effectivement le maquillage est défini comme simulacre et art de la flatterie comme il est utilisé comme moyen de comparaison avec la sophistique et pas la philosophie, donc il n’y a pas la recherche de la vérité avec le maquillage.

-Chez le père de l’église, c’est même Satan qui se cache sous le maquillage. 

-Oui effectivement, il y a cette idée que si Dieu nous créé à son image et qu’on vient tartiner des choses sur cette figure, il y a effectivement un anathème qui est lancé par la religion. Et puis dans l’histoire, ceux qui se maquille ça a été surtout les acteurs, les prostituées. Le mot acteur, le mot grec c’est hypocrite, hypocrita. Donc il y a effectivement cette idée que le maquillage peut être du côté de l’hypocrisie. Et puis aussi en français on a une proximité phonétique entre maquillage et masque alors que les deux termes n’ont pas une étymologie commune, mais on entend une proximité donc il y a l’idée que le maquillage vient cacher. Maquillage ça vient d’un verbe qui est ancien picard, maquer, qui signifie faire ; alors que le masque ça vient de l’italien, masquera qui signifie masque. Donc on a comme ça l’idée que le maquillage vient masquer, cacher… 

-Même le mascara ? Ce n’est pas une mascarade justement ? 

-Ah ça je ne sais pas, je n’ai pas étudié l’étymologie précise mais peut-être qu’il y a un peu de mascarade dans le maquillage. Mais le maquillage n’est pas forcément un masque mais il est pensé comme tel.

-Alors l’hypocrisie est partagée entre hommes et femmes quel que soit leur métier quand ils se maquillent, mais Dominique Paquet, on parlait des hommes à propos des étudiants comme Ludovic et Omar qu’on a entendu en reportage, la place et leur gout dans le maquillage, mais d’où vient justement ce gout masculin du maquillage ? 

-Je voudrais revenir au mascara. Mascara viendrait de mascare qui est la vague de la mer qui recouvre l’eau douce dans les estuaires, qui remonte notamment sur l’estuaire de la Gironde notamment jusqu’à 80 km et parfois jusqu’à 300 km en Chine. 

-La femme-océan est toujours là ? 

-Oui, c’est le recouvrement de la paupière. Maintenant il y a aussi l’étymologie du masque. Alors le gout des hommes pour le fard ; parce que le maquillage est très récent, le maquillage est un mot péjoratif jusqu’au 19ème siècle ; les hommes se sont énormément fardés pendant l’histoire, Ovide dans les cosmétiques en parle et donne même des recettes d’enluminure ou de peinture du visage pour séduire à l’amphithéâtre, au Moyen-Âge on a traces d’hommes poudrés de violet, alors à la Renaissance Henri II et Henri III aussi qui se fardait avec des poudres or, sous Louis XIV bien sûr c’était le roi fardé, le roi soleil, sous Louis XV, Beaumarchais dans le portrait en rouge était fardé énormément. En fait c’est l’âge bourgeois qui interrompt cette pratique et les soins sont ensuite dédiés à la barbe et aux cheveux. Alors ce sont les artistes qui se fardent : les Bummels, Dandi, Baudelaire, Alfred Jarry qui se teint les cheveux en vert, Jean Lorrain, enfin bon la décadence de la fin du 19ème.
Et je dirais qu’on retrouve le maquillage après, chez les artistes, chez les musiciens beaucoup, le khôl qui revient beaucoup dans les années 60-70 dans le milieu hippie mais aussi surtout dans le milieu des régisseurs de théâtre, des acteurs et des musiciens. Et puis, après dans les années 80 il y a une prise de conscience : pourquoi seraient-ils exclus de cette pratique, jusqu’au fard masculin du début des années 90 avec des poudres, des mascaras ce n’est peut-être pas l’idéal mais en tout cas des crayons, des fards.

Les débouchés des études en maquillage

-Alors d’après ce qu’on entendait dans les reportages à l’instant, Houda Remita, qu’il s’agisse des garçons comme Ludovic et Omar ou des filles, des jeunes femmes, ils viennent d’horizons divers. C’est-à-dire que quand ils se présentent dans une formation que ce soit un BTS à l’ISIPCA par exemple ou une formation différentes supérieure à D Mai, on entendait Ludovic et Omar qui étaient assistant dans la presse, l’autre agent d’escale à l’aéroport. Mais alors, plutôt que l’horizon et là d’où ils viennent quelles sont les débouchées aujourd’hui des formations que vous proposez ? Est-ce que c’est la mode, le cinéma, la télé ? 

-Oui, il est vrai que D Mai tient des personnes de tous les horizons, ce sont des gens qui soit sortent du bac, ou d’autres qui ont eu un cursus effectivement comme Ludovic ou Omar et j’en ai d’autres qui ont été juristes, d’autres architectes, j’ai de tous les univers. Donc ils ont un point commun c’est d’être maquilleurs, donc ils œuvrent pour cela, c’est ça qui les intéressent, ça les passionne. Les débouchées pour beaucoup ça peut être la mode, ça les intéresse beaucoup, mais il y a aussi le cinéma pour certains, le théâtre. Il faut savoir quand même que c’est une activité, et ça ils le savent, ils en ont conscience, c’est ce qui les séduit, c’est une vie de freelance donc on se retrouve intermittent, ce sont des métiers avec des contrats épisodiques, ce n’est pas une vie totalement réglée, on n’a pas de CDI en sortant à part si on rejoint une maison de cosmétique. On peut très bien travailler en sortant, d’ailleurs je sais qu’il y a une personne qui va rejoindre la maison Saint-Laurent en sortant, pour travailler pour la maison Saint-Laurent par exemple.

-Et vous avez une idée précisément, comme on dit maintenant, du taux d’intégration professionnelle des étudiants qui quittent tout et se lancent dans une formation de maquilleur ? 

-Le taux d’intégration vous voulez dire… 

-Dans les entreprises, dans cette branche professionnelle. 

-Écoutez, moi je ne peux pas donner de chiffres particuliers ou de pourcentages. Ce que je sais, je suis en contact avec mes anciens étudiants, je dirais que je suis assez satisfaite parce que pour la plupart, plus de la moitié en tout cas, travaillent, assistent des maquilleurs, commencent à voler de leurs propres ailes ce que je trouve très positif. 

-Alors Armelle Kaiser, vous, vous évoquiez le fait qu’il y a ceux qui font des BTS pour espérer rentrer dans de grandes maisons de cosmétiques et par opposition à ceux qui n’ont qu’un CAP, qu’un bac pro et qui sont souvent réduits aux salons esthétiques de quartier ou urbain, dans les villes. Est-ce qu’on a une idée de ceux qui parviennent à entrer dans de grandes maisons, est-ce que vous avez des pourcentages à l’ISIPCA ? 

-Oui. 

-Vous êtes venues avec vos pourcentages alors ? 

-Bah forcément, l’ISIPCA est une école qui dépend de la chambre de commerce de Versailles et lorsqu’on fait des formations on étudie toujours après le résultat des formations. Donc sur nos BTS esthétique-cosmétique, avec ou non examen, qu’ils réussissent ou non l’examen, le taux d’insertion professionnelle est de 95%, certains s’arrêtent, au niveau des jeunes filles, parce qu’elles attendent un bébé, parce qu’elles souhaitent rester mères au foyer, mais sinon tous continuent. Donc, sur ces jeunes il y en a à peu près 20% qui poursuivent encore leurs études que ce soit dans des formations d’animatrice-formatrice ou dans des écoles de commerces ou qui bifurquent complètement d’orientation. Et puis il y en a qui travaillent dans des grandes maisons qui sont soit responsable de rayon, responsable d’instituts, technico-commercial, ils ont tous des postes en lien avec les études qu’ils ont faites. Et certains poursuivent aussi en socio-esthétique sachant que la socio-esthétique on n’y travaille pas 5/5j parce que c’est extrêmement difficile de travailler pendant 5 jours dans un hôpital, on y travaille 2 jours, 3 jours et on travaille ailleurs le reste du temps. »

Le maquillage et le masque

-Alors moi je parle de salon, vous vous préférez peut-être le terme adéquat d’institut, institut d’esthétique. Il y avait eu ce film il y a quelques années “Vénus Beauté Institut“ qui avait rendu pour le plus grand public, le plus large ses lettres de noblesse à ces instituts de beauté. Dominique Paquet, moi je dis salon parce que pour moi ça évoque aussi les salons littéraires, les salons philosophiques du grand siècle Mme De Lambert, est-ce qu’il y a un rapport possible entre la vie qui se déroule dans les salons d’esthétiques et la vie qui se mènent dans les salons philosophiques ?

-Dans les salons littéraires ou philosophiques il y a une audience, on est beaucoup. Bien sûr on peut se faire maquiller en public, on le voit au carnaval de Venise ou on le voit dans des salons, des performances, des manifestations de happening. Mais en général, on est en tête à tête avec la personne qui vous maquille et il s’agit d’un moment d’intimité comme l’un des jeunes garçons que l’on a entendu dans le reportage le dit, ils ont peur qu’on leur abime les yeux, s’ils ont des lentilles de contact ils craignent, il faut être très délicat. Donc c’est une sorte d’intimité forcée, acceptée mais il faut être extrêmement prudent alors la phronesis d’Aristote est de mise, la prudence, parce que le matériau est vivant, c’est un subjectile le visage. Et il est agité de palpitement, de transpiration, de mouvement et il faut être extrêmement précis et délicat, c’est pourquoi certains maquilleurs préviennent de ce qu’ils vont faire, pour que la peau et le psychisme se préparent. Certains en sortent, bon vous vous dites que c’est moins grave qu’une épilation… 

-Ou une coupe de cheveux. 

-Certains sortent extrêmement choqués. Évidemment dans le body make-up c’est encore pire mais certains sortent “ah oui je ne me reconnais pas !“ parce qu’il y a aussi une rejection intime de son visage idéal. Donc il faut être un très, très bon tacticien, au sens de tact, pour pouvoir toucher avec délicatesse. 

-D’autant, Sophie Chassat, qu’on touche à l’identité véritablement avec le maquillage.

-Oui, c’est ce que je disais tout à l’heure, c’est effectivement cette idée d’un maquillage qui n’éloigne pas de soi, qui permet de revenir à soi, d’être dans une coïncidence à soi. Je prenais l’exemple de Cassandra Bankson tout à l’heure, mais effectivement ce qui est très frappant dans cette vidéo c’est que, quand elle est démaquillée elle n’est plus elle-même, elle a les yeux qui ne regardent plus la caméra, elle ne sourit plus, son corps est avachi. Et, dès qu’elle se remaquille elle sourit, elle parle, elle regarde droit devant elle donc effectivement il y a cette idée d’un retour à soi. Et puis il y a une helléniste qui s’appelle Françoise Fontisi Ducrou qui a écrit un très bel essai Du visage au masque, qui montre que dans l’Antiquité Grecque, les fards, le cosmétique, le maquillage permet de retrouver son identité. Elle site un épisode de l’Odysée d’Omère, c’est Pénélope qui pleure parce qu’il y a ses prétendants autour qui la pressent d’en épouser un et la dame qui lui tient compagnie, Eurynomé, lui dit “remaquille-toi, refais-toi un visage“ donc il y a bien l’idée de se refaire quelque chose alors qu’auparavant elle était défaite par le chagrin. Et donc cette helléniste montre que le maquillage permet de revenir à soi, de retrouver son identité, non pas d’avancer masqué mais de se retrouver soi-même.

-Alors je ne sais pas si c’est à la recherche de son identité, en tout cas Sophie Bobert, notre reporter, elle continue, poursuit son Odysée, elle a quitté le 11ème arrondissement de Paris et sauté dans le TGV pour Marseille, précisément pour le salon d’esthétique. Que du bonheur ! Où elle a rendez-vous notamment avec Anaïs. 

-Qu’est-ce que vous avez fait là ? 

-J’ai fait une french, et je me demandais justement je le mets maintenant le noir non ? 

-Vous allez mettre quoi du noir ?

-Ouais, en fait j’ai fait le bout des ongles blanc et en dessous du blanc je vais mettre un petit liseré noir pour faire une petite déco jolie, avant de mettre du gel. Et j’avais un doute de savoir si je le mettais avant ou après le gel. Et ça c’est le noir qu’on met en trait tout fin en dessous de la french.

-Là il ne faut pas trembler hein ! 

-Il ne faut pas trembler, et puis quand je tremble un peu on a des appareils pour réparer les erreurs.

-C’est quasiment une lame en fait. 

-Oui c’est tout petit, c’est comme la pointe d’un stylo. 

-On en est où alors Anaïs ?

-J’ai quasiment fini la première main, juste avec les couleurs après il va falloir mettre le gel de construction. Et la deuxième j’en n’ai pas pour long non plus, j’ai fait le plus dur ! Mais je ne le ferai pas à chaque fois. 

-Oui mais ça va bientôt être Noël donc vous allez surement avoir 2 ou 3 clientes par jour qui vont vous demander ça, une french bicolor, c’est ça ? 

-Voilà, les paillettes, les petits motifs, les petits décors, oui surtout qu’on a fait une promo donc du coup oui elles vont nous demander. 

-Qu’est-ce qu’on vous demande le plus ici ?

-C’est les épilations qu’on fait le plus, et les ongles. 

-Mais nous personnellement, parce que la patronne est prothésiste-ongulaire elle ne fait que ça elle, quasiment, elle ne fait que des ongles. Donc du coup nous on fait des épilations quoi. 

-Et ça vous plait ?

-Oui, ouais c’est bien, c’est sympa. 

-Mais ça ne fait pas peur d’épiler quelqu’un ? Parce que ça fait mal quand même non ?

-L’important c’est de savoir détendre la personne, après ça passe. Les premières fois au maillot elles ne sont pas évidentes mais après on prend l’habitude, on ne calcule même plus quoi. Mais au début j’avais beaucoup de mal parce que j’avais beaucoup de mal avec la nudité en fait et après on s’y habitue. 

-Mais comment vous faites pour mettre les gens à l’aise ? 

-Je ne pourrais pas vous dire, il faut sourire, il faut paraitre détendue et faut pas montrer qu’on ne sait pas faire ou que ça à l’air difficile ou “oulala, il y a de quoi faire !“, ce genre de chose en général ça peut paniquer un peu. Donc il faut le prendre à la rigolade, toujours sourire et ça en général ça passe bien.

-J’ai dû me débrouiller toute seule pour une épilation assez particulière qui est le maillot intégral, qu’on ne vous apprend pas du tout en cours.

-Vous on ne vous l’apprend pas en cours alors que c’est très à la mode ça en ce moment non ? 

-C’est ce qu’on fait le plus. La plupart des clientes qui font un maillot, font un maillot intégral ou du moins très échancré et nous on n’apprend que les côtés à l’école donc vous arrivez et salut ! Je n’aimerai pas être à la place de la cliente. 

-Et comment vous avez fait ? Vous lui avez dit à la cliente ? Vous l’avez prévenu ?

-Non je n’ai rien dit du tout, ah non ! Je pense que si je lui avais dit elle se serait crispée, elle m’aurait crispé et ça aurait été pire qu’autre chose.

-Honnêtement il vaut mieux fermer sa bouche et faire comme si on savait même si c’est dur, je mettais 1 heure pour le premier maillot, plutôt que de dire et lui faire peur. C’est très délicat, les clientes sont dans des positions assez intimes, vous il faut faire comme si c’était le plus naturel possible et puis après c’est faire comme si on était habituée, toucher sans mettre les doigts au mauvais endroit, bien tenir pour essayer de ne pas faire mal sans non plus mettre mal à l’aise… Voilà, quoi !

-Mais vos professeurs n’ont pas de retour de cette réalité-là ? 

-Je pense que les élèves l’ont dit à leurs professeurs mais je pense que les profs, la seule chose qui les intéresse c’est vous former à l’examen et à l’examen, ce ne sont pas des choses qu’on vous demande. Donc c’est clair qu’à ce niveau-là ça ne va pas. Aux examens, c’est si vous allez tomber sur une épilation vous allez faire le maillot le plus classique qu’il y est donc c’est vraiment les côtés, ça c’est un truc qu’on ne voit plus quasiment, c’est vraiment très rare et ça les profs le savent mais ce n’est pas dans leur intérêt de nous former à plus.

-Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ces études-là ? 

-C’est de rentrer le soir et de réviser.

- Et vous avez des devoirs ? 

-Non ils ne nous en donnent pas mais on est quand même obligé de savoir de quoi on a parlé la semaine d’avant. C’est ça le plus dur quoi, de concilier les deux.

-C’est long votre affaire là, ohlala ! 

-Oui, oui, c’est long, c’est long. En général ça dure 1 heure, 1 heure et quart mais là vu que j’ai perdu du temps sur les motifs…

- C’est quoi cette espèce de mixture rose ?

-C’est le gel de construction, c’est ce qui permet de tout solidifier et de faire la forme de l’ongle un peu bombée qu’on recherche justement avec les faux ongles.

-Vous êtes beaucoup, comme vous, à être en alternance ici ? 

-Je suis la seule et les autres elles travaillent c’est leur vrai job. 

-C’est votre cas bientôt quoi, l’année prochaine si tout va bien ?

-Si tout va bien c’est mon cas bientôt, oui, si tout va bien je bosserai ici à temps complet ou à mi-temps je ne sais pas.

-Alors, ça y est ?

-Ça y est j’ai fini ! Ils sont tout brillants, la finition est faite.

-Je peux toucher ? 

-Oui. 

-C’est sympa c’est tout dur. Ah ! Téléphone !

-Institut que du bonheur, Anaïs, bonjour ! Oui ça serait pour quand ? 14 heures ? Allé, il n’y a pas de problème, c’est noté pour 14h, merci, au revoir ! 

L’esthétique de notre temps

-Alors pour se sentir pretty, pour se sentir jolie, belle, de plus en plus de femmes en particulier à Marseille, à l’institut que du bonheur dans lequel officient Anaïs et sa complice, et bien les femmes demandent des épilations intégrales mais pour Anaïs en BTS en alternance c’est compliqué parce qu’on ne lui a jamais enseigné. Est-ce que, Armelle Kaiser, on devrait l’enseigner ? Est-ce qu’on l’enseigne à l’ISIPCA ?

- Alors oui on l’enseigne à l’ISIPCA, on enseigne toutes les techniques qui permettent d’être un bon professionnel. Parce que c’est vrai qu’il y a les épreuves d’examens avec les sujets particuliers, on ne demande pas une épilation intégrale au moment de l’examen mais dans les instituts on demande des épilations intégrales. Et ce n’est pas que pour faire joli, une femme qui va accoucher va demander une épilation intégrale, ça lui évite de se faire raser au moment où elle arrive à l’hôpital donc oui, les jeunes filles ont ce type de demandes et oui, il faut l’enseigner.

-Et alors si on reste dans ce qui est pour faire joli, dans les nouvelles tendances qui seraient aujourd’hui en vogue, quelles sont ces demandes et ces enseignements nouveaux que vous proposez à vos étudiantes et vos étudiants ?

-Alors c’est surtout pour les massages, on va avoir des massages ayurvédiques, on va avoir des massages du type shiatsu, on va avoir des massages californiens, massage aux pierres chaudes, parce qu’aujourd’hui, la grande demande dans les salons, dans les instituts c’est le bien-être, c’est la détente, c’est la relaxation et c’est la reconnexion avec son soi intérieur. 

-Mais donc c’est quoi, c’est la mondialisation ? La Californie, l’Inde, la Chine ou est-ce que c’est un retour aux Seventees avec un bien-être avec une dimension sinon religieuse, du moins sacrée ?

-Je crois que c’est plutôt le bien-être, la relaxation, ce n’est pas un terme totalement français. Donc proposer un massage avec un nom purement français dans un institut, ça ne passerait pas. Donc proposer un massage californien, il y a du rêve, proposer ayurvédique c’est l’Inde, ça y est on voyage. Donc ces mots font déjà rêver. Donc il y a des techniques et du rêve.

-Alors il y a, Houda Remita, dans les maquillages en vogue le glossy, le smocky, il parait que le dégradé est plus ou moins à la mode, il faut avoir un dégradé de couleurs sur les lèvres, sur les paupières. Est-ce qu’il faut de nouvelles techniques que vous enseignez à vos étudiantes, à vos étudiants ? Ou est-ce que le savoir-faire, je dirais traditionnel, hérité de l’Antiquité, suffit pour s’adapter à toutes les demandes et à toutes les modes ?

-Je ne sais pas, je n’étais pas née en Antiquité. Ce que j’enseigne, ça fait 20 ans que je travaille comme maquilleuse donc j’enseigne mon savoir que je pense être très adapté, très contemporain. Ce qui est important c’est de travailler avec les produits qui existent, il y a de nouvelles textures. J’imagine Max Factor quand il travaillait au début du 20ème siècle au cinéma, on doit avoir les mêmes techniques, niveau gestuelle, pinceaux, toutes ces techniques. Je crois que ça n’a pas tellement bougé parce que c’est un visage sur lequel on travaille. 

-Et après, au bout de ces matériaux justement vous les avez regardés avec une certaine indifférence. J’ai vu aussi qu’il y a des nouveaux matériaux très technologiques qui ont des noms de science-fiction, au lieu des baumes maintenant il y a des petites billes dorées qui sont proposées, il y a aussi des produits qui ont une puce intégrée dans le bouchon de la crème, des puces qui permettent de savoir si vous êtes déshydraté qui sont, parait-il, utilisées sur les robots envoyés sur Mars.

-Ah ça je ne sais pas ! Alors là je ne peux pas me prononcer, je ne sais pas. Nous ce qui est important c’est d’utiliser un produit, une crème qui doit être hydratante bon la puce on ne sait pas. Je ne sais pas, c’est peut-être pour le grand public. Je crois qu’on va se concentrer sur nos produits favoris qui font du bon boulot.

-Et votre art. Sophie Chassat ?

-Oui ce qu’on retrouve peut-être dans ces produits qui adoptent des noms de science-fiction c’est ce désir d’échapper à la naturalité, la corporalité dans son aspect le plus animal, le plus brut. Ce qui est aussi par exemple un désir, vraisemblablement, qui s’exprime au travers de l’épilation intégrale, c’est-à-dire qu’on s’éloigne de l’animalité, du caractère brut du corps. 

-Et comment vous l’interprétez ? Comme une aliénation, comme une libération des femmes qui échappent à leur corps ? 

-Des femmes et des hommes.

-Et des hommes ! Absolument.

-Qui veulent aussi perdre leurs poils désormais. Je pense que ce n’est pas une aliénation, c’est un désir d’idéalisation, on retrouve l’idée Baudelairienne et puis on retrouve aussi cette idée, par exemple chez Hegel qui dans son Esthétique fait la comparaison entre le corps des animaux recouvert de poils, d’écailles, de plumes et puis la peau humaine qui a cette carnation si particulière, la morbidezza, qui fait le tourment des peintres d’ailleurs dit Hegel. Où s’exprime à travers la palpitation, toute la vitalité humaine et toute la spiritualité d’une âme. Donc moins on a de poils, plus on va vers l’idéalisation et la spiritualisation.

-Dominique Paquet, cette idéalisation elle se marque non seulement aussi par la disparition du poil mais aussi par la disparition du maquillage, le nude qui existe depuis les années 90, on l’entendait dans le reportage et qui continue à avoir son importance aujourd’hui. Pourtant il y a des filles qui se maquillent beaucoup, il y a des filles qui se maquillent nude, est-ce que le maquillage peut être un marqueur social ?

-Oui, mais c’est aussi un marqueur politique parce que le nude est arrivé en 89, 90, avant la guerre du Golfe qui a d’ailleurs ralenti énormément les exportations du luxe et de la beauté. C’est François Dagognet qui montre qu’il y a des phases différentes dans les arts et le maquillage n’y échappe pas c’est-à-dire qu’il y a des phases où on cherche, où c’est archaïque, où c’est la toilette plutôt qui remplace la cosmétique. Une phase où on créé un modèle ou des modèles, bien sûr puisque maintenant il y a une pluralité de modèles, une phase classique, de stabilisation et puis une phase baroque, d’expansion, d’hypertrophie du fard, du maquillage.
Les années du 90,95 ont été plutôt du côté du nude en make-up et puis, petit à petit Halloween est arrivé des États-Unis, à partir de 95 on voyait apparaitre des crèmes et des fards absinthe pour le corps, des prothèses, des petites cornes pour les diablotins, les dauphins peints sur les ongles, les rouges à lèvres qui sont bleutées.
Et puis en 2000 c’est l’or qui se répand sur les visages, sur les corps avec des graphismes un peu ethnologiques. Et puis maintenant, regardez, ça a continué, on a eu porno-chic où ça a été aussi très expansif et on revient à la jolie petite madame parce qu’on est pour l’instant dans une période de récession.

- Alors que ce soit pour les fêtes de fin d’années ou pour lutter contre la récession vous encouragez les hommes et les femmes à se maquiller de façon outrancière comme des sorciers et des sorcières ?

-Oui, c’est une fête de la lumière où que ce soit dans l’hémisphère nord en tout cas, donc les paillettes c’est la lumière.

Retranscription libre de l'émission de France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/grantanfi-13-14/lapprentissage-de-la-beaute

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